Sur «La réalité», on retrouve rien de moins que Gérard Manset, un musicien de Bowie, le bassiste de Talk Talk ou le guitariste de Portishead, comment vous y êtes-vous pris pour aligner tant de grands noms?
Initialement, je devais jouer avec mon groupe habituel, mais Jean Lamoot, réalisateur de l'album, avait pris du retard avec Bashung. Tout a été décalé. Mes musiciens étant pris sur d'autres engagements, je me suis retrouvé sans musiciens. Lamoot a appelé le bassiste de Talk Talk puis son pote de Portishead, et, comme j'avais rencontré le guitariste de Bowie l'année dernière, je lui ai demandé s'il voulait jouer sur mon album, et il a accepté tout de suite.
Vous avez justement fait la première partie de David Bowie l'année dernière à l'Olympia, quel souvenir en gardez-vous?
J'ai eu un bol monstrueux, mais ce qui aurait été vraiment exceptionnel, c'est que Bowie fasse ma première partie! J'étais très content de jouer sur la même scène que lui, même si c'était assez gonflé. Les gens l'attendaient tel le Messie, et quand ils m'ont vu débarquer avec ma guitare, ils n'ont pas eu le temps de réagir.
Les thèmes et mélodies de votre nouvel album ne sont pas très roses, vous ressemblent-ils?
Je trouve que cet album n'est pas triste, mais plutôt gai. Il y a quelque chose de plaintif dans le ton, c'est pas de chance, je ne peux rien contre ça. Quant à moi, je suis de nature plutôt triste et mélancolique, cela ne signifiant pas que je pleure du soir au matin. Mais j'ai toujours apprécié le côté romantique des choses, d'ailleurs, je préfère lire du Kerouac que «Gaston Lagafe».
Vous évoquez de manière récurrente vos souvenirs d'enfance, est-ce un refus du monde des adultes?
Mon ambition était de couvrir mes jeunes années, peut-être est-ce une manière de mieux accepter le monde des adultes. Aujourd'hui, j'ai une réelle distance par rapport à mon enfance, et je peux le vivre sans problème.
Vous avez intitulé votre album «La réalité», où se situe pour vous la frontière entre le rêve et la réalité?
Je me demande justement à quelle distance du rêve se trouve la réalité, j'ai encore un problème de perception de la réalité, j'ai souvent l'impression que le paysage est un décor et que je vais pouvoir l'effacer.
Comme si vous étiez sous acide...
Non, pas à ce point... C'est de l'étrangeté, de l'inquiétude, je n'ai jamais pris de dope et je pense que ça ne me réussirait pas du tout. Mais ce qui m'a toujours intrigué dans la réalité est cette impression de flottement, cette sensation de décalage, à se demander si la vie n'est pas un décor... Je vis cela de manière angoissante. Et le titre de l'album se réfère à une anecdote quand j''étais enfant. En rentrant chez moi, je demande à mon père où se trouve ma maman, et il me répond: «Sous ta chaussure connard!» Et je regardais vite sous ma chaussure pour voir si elle y était vraiment...